Conseils de l'Expert

Mur de refend ou simple cloison : Comment faire la différence avant de casser ?

Ouvrir la cuisine sur le salon, agrandir une chambre, gagner en luminosité… Modifier les volumes est souvent la priorité lors d’une rénovation. Mais avant de saisir la masse, une question de sécurité s’impose : le mur que vous comptez abattre soutient-il la maison ou sert-il juste de séparation ?

La distinction entre une cloison et un mur de refend ne s’improvise pas. Une erreur d’appréciation peut entraîner des désordres structurels graves. Voici les clés techniques pour ne pas commettre l’irréparable.

1. La définition technique : Fonction vs Séparation

Pour un expert bâtiment, la distinction se fait sur le rôle mécanique du mur :

  • La Cloison (Mur de distribution) : Son rôle est uniquement de délimiter les espaces intérieurs. Elle ne supporte aucune charge structurelle (ni le plafond, ni l’étage, ni la charpente). Elle porte uniquement son propre poids. Elle est souvent constituée de matériaux légers : briques plâtrières, carreaux de plâtre, ou ossature métallique avec plaques de plâtre (type BA13).
  • Le Mur de Refend (Mur porteur intérieur) : C’est un mur de structure situé à l’intérieur du bâtiment. Il assure la stabilité de l’édifice en reprenant les charges verticales (poids des planchers supérieurs, de la charpente) pour les transmettre jusqu’aux fondations. Il est construit en matériaux résistants : parpaings, béton banché, briques pleines ou pierre.

2. Les indices pour les identifier (sans casser)

Avant de consulter les plans (qui ne sont pas toujours à jour), trois vérifications in situ peuvent vous guider :

  • L’épaisseur du mur : C’est l’indicateur le plus fiable. Une simple cloison excède rarement 7 à 10 cm d’épaisseur (enduit compris). Un mur porteur fait généralement 15 cm minimum (souvent 20 cm ou plus).
  • La sonorité (Le test de percussion) : En toquant contre le mur, un son qui résonne (« creux ») indique souvent une cloison, tandis qu’un son mat et dur indique un matériau plein. Attention : ce test est trompeur si une cloison a été doublée ou si un mur porteur a été habillé.
  • La continuité verticale : Si le mur se situe exactement au même endroit à l’étage inférieur (cave, vide sanitaire) ou supérieur, il y a de très fortes chances qu’il s’agisse d’un mur de refend conçu pour transférer les charges de haut en bas.

⚠️ ALERTE EXPERT : Le piège des bâtiments anciens

C’est l’erreur la plus fréquente et la plus dangereuse en rénovation.

Il existe une exception majeure à la règle : dans les bâtiments anciens (généralement avant 1950), une simple cloison peut être devenue porteuse avec le temps.

Le phénomène technique : Les planchers anciens sont souvent constitués de poutres en bois (solives). Au fil des décennies, sous l’effet du poids et de la gravité, le bois travaille et le plancher s’affaisse légèrement au centre : c’est le phénomène de fluage.

La conséquence : Le plafond finit par venir s’appuyer « accidentellement » sur la cloison qui se trouvait dessous. Cette cloison, qui n’était pas prévue pour cela à l’origine, se retrouve « mise en charge ». Elle soutient désormais une partie de l’étage.

Le risque : Si vous abattez cette cloison devenue « semi-porteuse », vous supprimez un appui devenu indispensable par la force des choses. Le plancher du dessus peut alors subir un affaissement brutal, entraînant des fissures traversantes aux étages supérieurs, voire une rupture des solives.

La règle d’or : Dans l’ancien, considérez toujours une cloison comme potentiellement porteuse jusqu’à preuve du contraire.

3. La procédure d’ouverture

Si le mur est identifié comme porteur (refend) ou devenu porteur par le temps, sa démolition est possible mais strictement encadrée par des règles de l’art :

  1. Calcul de descente de charge : Il est impératif de dimensionner la poutre de reprise (linteau, IPN en acier, poutre béton) capable de supporter le poids que le mur portait.
  2. Étayage : Avant toute démolition, des étais doivent être posés pour soutenir provisoirement la structure (le plafond et les étages supérieurs).
  3. Pose du linteau : La nouvelle poutre est installée et scellée avant la démolition totale du mur pour assurer la continuité du soutien.

Le Conseil de l’Expert

Ne vous fiez jamais à 100% à l’avis d’un voisin ou à un plan d’architecte d’origine. Les plans dessinent la théorie, mais le bâtiment vit sa propre vie physique et subit des modifications.

En cas de doute, une visite d’expertise technique est bien moins coûteuse que la réparation d’un plancher affaissé. Je peux intervenir pour valider la nature réelle de vos murs (via des sondages) et vous orienter vers la bonne méthode de démolition en toute sécurité.