Conseils de l'Expert

Le Retrait-Gonflement des Argiles (RGA) : Pourquoi votre maison bouge comme une éponge selon les saisons ?

Chaque été, avec la multiplication des épisodes de sécheresse et de canicule, le phénomène fait la une des journaux. Des maisons qui se fissurent soudainement, des portes qui ne ferment plus… Le coupable est invisible, enfoui sous vos pieds : le sol argileux.

Le phénomène de Retrait-Gonflement des Argiles (RGA) est aujourd’hui la deuxième cause d’indemnisation en assurance catastrophe naturelle en France, juste derrière les inondations. En tant qu’expert bâtiment, voici ce que vous devez comprendre sur ce risque géotechnique majeur.

1. Le mécanisme physique : Un sol qui respire

Le sol n’est pas une matière inerte. Certains terrains, riches en minéraux argileux (notamment la montmorillonite), réagissent fortement aux variations de teneur en eau.

Le cycle est saisonnier et mécanique :

  • En hiver (Hydratation) : Les pluies gorgent le sol d’eau. L’argile absorbe cette humidité et son volume augmente. Le sol gonfle et exerce une pression verticale vers le haut sur les fondations.
  • En été (Dessiccation) : Lors des périodes de sécheresse, l’eau s’évapore. L’argile se rétracte et son volume diminue drastiquement. Le sol se dérobe sous les fondations.

Cette variation de volume peut être spectaculaire, entraînant des mouvements de terrain de plusieurs centimètres.

2. Le danger structurel : Le « Tassement Différentiel »

Si toute la maison montait et descendait uniformément, les dégâts seraient limités. Le problème survient car le sol ne sèche pas de manière homogène sous la maison (présence d’un arbre qui pompe l’eau d’un côté, terrasse qui protège le sol de l’autre, fuite de canalisation…).

Cela provoque un tassement différentiel : une partie de la maison reste stable ou descend peu, tandis qu’une autre partie s’affaisse dans le vide créé par le retrait de l’argile. La structure de la maçonnerie subit alors une contrainte de cisaillement qu’elle ne peut pas supporter : elle casse.

3. Les symptômes caractéristiques à surveiller

Les fissures liées au RGA ont une signature visuelle souvent reconnaissable pour un expert :

  • Fissures en escalier : Elles suivent les joints des parpaings ou des briques.
  • Fissures diagonales : Elles partent souvent des angles des ouvertures (fenêtres, portes) vers le toit ou le sol.
  • Caractère évolutif : C’est le signe le plus alarmant. Les fissures « vivent ». Elles ont tendance à s’ouvrir davantage en été (période sèche) et à se refermer partiellement en hiver (réhydratation).

⚠️ CONSEIL EXPERT : La prévention avant tout (Loi ELAN)

Si vous faites construire ou si vous réalisez une extension, ne faites jamais l’impasse sur l’étude de sol.

Depuis la loi ELAN (2020), l’étude géotechnique (dite G2 AVP) est obligatoire dans les zones exposées (aléa moyen ou fort) avant la construction. Elle permet de définir :

  1. La profondeur d’ancrage : Les fondations doivent descendre plus bas que la « zone de dessiccation » (là où le sol sèche), souvent entre 1,20m et 1,50m de profondeur.
  2. La rigidité de la structure : Renforcement des chaînages horizontaux et verticaux pour que la maison se comporte comme un bloc rigide indéformable (boîte rigide).

Construire sur de l’argile sans fondations adaptées, c’est programmer un sinistre certain à moyen terme.

4. Que faire si votre maison est déjà fissurée ?

Si vous constatez l’apparition de fissures caractéristiques après un été sec :

  1. Ne rebouchez pas immédiatement : Mettre du mortier ou du silicone sur une fissure active est inutile (cela recassera) et masque la gravité du problème.
  2. Déclarez le sinistre : Contactez votre assurance. La prise en charge dépend souvent de la reconnaissance de l’état de Catastrophe Naturelle (« CatNat ») par arrêté préfectoral dans votre commune.
  3. L’expertise est cruciale : L’expert d’assurance viendra évaluer les dégâts. Il est souvent recommandé de se faire assister par un expert d’assuré (expert technique indépendant) pour défendre vos intérêts. Il faudra prouver que la sécheresse est bien la cause déterminante des fissures.

Les solutions de réparation : Elles sont lourdes et coûteuses. Une simple reprise cosmétique ne suffit pas. Il faut souvent stabiliser l’ouvrage par :

  • La reprise en sous-œuvre par micropieux : On ancre la maison sur le sol dur en profondeur via des pieux métalliques.
  • L’injection de résine expansive : Pour combler les vides sous les fondations (adapté à certains cas seulement).
  • La gestion de l’environnement : Mise en place de trottoirs périphériques étanches et écrans anti racines pour limiter l’évaporation autour de la maison.

Le mot de la fin

Le RGA est un phénomène lent et puissant. Si votre maison « craque » l’été, ne minimisez pas le signal. Une fissure structurelle négligée peut compromettre la solidité de tout le bâtiment. Un diagnostic précoce permet d’envisager des mesures conservatoires avant d’arriver aux grands travaux.